samedi 9 juin 2012

Nancy Holt chevalier des Arts & Lettres

Nancy Holt en repérage à l'Université d'Avignon © S. Paul, 2 fév. 2011
Lors de l'inauguration de sa sculpture Avignon Locators (1972-2012) ce jeudi 14 juin, Nancy Holt sera décorée de la médaille de chevalier des Arts et Lettres. En même temps, la galerie Haunch of Venison de Londres propose une fantastique exposition de ses œuvres photographiques. Ben Tufnell, directeur des expositions de cette prestigieuse galerie, sera présent à Avignon pour l'inauguration et présentera le travail photographique de Nancy Holt dans le cadre du colloque Staging the Land: cliquez pour voir la vidéo.

>> Staging the Land, conférence internationale (Avignon 13-15 juin 2012), entrée libre

dimanche 20 mai 2012

Les Smithson à Avignon du 13 au 15 juin 2012

Nancy Holt inaugurera le 14 juin prochain sa première œuvre permanente en France, Avignon Locators (1972-2012), dans le parc de l'Université d'Avignon. A cette occasion sont organisés une exposition et un colloque international réunissant des spécialistes du Land Art et de l'art in-situ tels que Gilles Tiberghien, Anne-Françoise Penders, Ben Tuffnell ou Fabien Faure. Robert Smithson fera l'objet de plusieurs communications et sera représenté dans l'exposition. Des projections sont également au programme. L'accès à la manifestation est gratuite. Tous les détails sur le site: www.nancyholt.com

En haut: © Nancy Holt. Missoula Ranch Locators (Montana, 1972). En bas: © Repérages pour Avignon Locators (1972-2012). Photo par S. Paul (4 février 2011)

Communiqué de presse:

[Land Art] L’installation de la sculpture Avignon Locators (1972-2012)
Inauguration jeudi 14 juin 2012 à 17h30 dans les jardins du campus Centre-ville

Avignon Locators
est une œuvre de l'artiste américaine Nancy Holt, plasticienne, vidéaste et photographe de renommée internationale maintes fois récompensée (voir ci-dessous son actualité). Cet observatoire à l’œil nu, qui s'inscrit dans le courant du Land Art ou de l’art environnemental, est envisagé par Nancy Holt comme une réactivation d’une de ses œuvres majeures, Missoula Ranch Locators – Vision Encompassed (Montana, 1972), aujourd’hui démantelée. L’installation avignonnaise marquera le 40ème anniversaire de cette création. Il ne s’agit pas seulement d’une œuvre à voir mais aussi d’une œuvre pour voir, qui invite à une réflexion sur les phénomènes de perception sensorielle et sur la place de l’observateur dans son environnement, en même temps qu'elle met en valeur le patrimoine du campus. Avignon Locators sera la première œuvre pérenne réalisée en France par Nancy Holt, la seconde en Europe — l’autre étant implantée en Finlande.

[Exposition] Les Génies du Lieu : Land Art et art environnemental
Inauguration jeudi 14 juin 2012 à 17h30 dans les jardins du campus Centre-ville

Cette exposition se déroulera dans les murs de la Bibliothèque Universitaire, organisée en partenariat avec le Musée Gassendi de Digne-Les-Bains et l’Ecole Supérieure d’Art d’Avignon. L’exposition propose une histoire en image de ce courant de l’art contemporain, depuis les précurseurs comme Brancusi et Noguchi jusqu’aux jeunes créateurs comme Cyprien Gaillard, Joan Fontcuberta, ou Andy Goldsworthy, en passant par les grandes figures révélées dans les années 1960 telles que Robert Smithson, Michael Heizer, Dennis Oppenheim, Walter De Maria, Robert Morris, Charles Ross, James Turrell, Christo et Jeanne-Claude, Richard Serra, Richard Long ou herman de vries. Une partie de l’exposition est entièrement consacrée à la série des Locators de Nancy Holt, de Missoula à Avignon, qui a engendré, entre autres, Sun Tunnels (1973-76), une icône du genre.

[Colloque pluridisciplinaire international] Staging the Land : l’enjeu de la perception dans la création contemporaine in situ
Du mercredi 13 au vendredi 15 juin 2012 dans le Bâtiment Nord, campus Centre-Ville

Ce colloque invite des spécialistes de l’art in situ tels que Gilles Tiberghien, Anne-Françoise Penders, Ben Tufnell ou Fabien Faure à intervenir. La journée du 14 sera plus particulièrement consacrée à Nancy Holt, avec entre autres la projection de Sun Tunnels et Breaking Ground. Ce dernier film documente Broken Circle-Spiral Hill, une œuvre importante de Robert Smithson, à partir de séquences tournées par Holt et Smithson en 1971, d’autres tournées en 2011, et des documents d’archives.

>> Site de l'Université d'Avignon
>> Photographie.com (14 mai 2012)

© Nancy Holt, Sun Tunnels (detail), Great Basin Desert, Utah, 1976.

mardi 13 septembre 2011

40ème anniversaire de Broken Circle-Spiral Hill

Broken Circle vu de Spiral Hill à leur 30e anniversaire © S. Paul, 31 juillet 2001

Les Pays-Bas rendent hommage ce samedi à l'œuvre bicéphale de Robert Smithson, Broken Circle-Spiral Hill, réalisée pour la mythique exposition Sonsbeek '71.

Smithson et Nancy Holt ont alors filmé en 16mm et en couleur la construction de la sculpture sur une carrière de sable à Emmen, dans le nord du pays. 40 ans plus tard, ce film refait surface, monté selon le plan de Smithson par Nancy Holt et Theo Tegelaers, commissaire à la fondation SKOR.

BC-SH © S. Paul, 29 janvier 2011
Une exposition autour de cette œuvre, considérée comme majeure par Smithson, se tiendra au CBK d'Emmen du 17 septembre au 17 novembre 2011. Le vernissage et la première de la vidéo auront lieu samedi 17 septembre à partir de midi (>> programme). Une première du film aura également lieu au Stedelijk Museum d'Amsterdam le 22 septembre.

A l'issue de cet hommage sortira un livre, provisoirement intitulé Robert Smithson: Art in Continual Movement et qui sera présenté lors d'un colloque consacré à l'artiste en janvier 2012.

En attendant, le 8 octobre 2011, Theo présentera la première américaine de Breaking Ground à Marfa, le repaire texan de Donald Judd: http://www.fieldworkmarfa.org

>> Tous les détails sur: http://www.landartcontemporary.nl/

vendredi 10 juin 2011

Suite de l'affaire du bail de la Spiral Jetty...

>> Les négociations avec Dia progressent, 15 août 2001 
>> Dia à nouveau dans la course au bail selon MAN, 20 juillet 2011
>>
Mise au point officielle de la fondation Dia, 15 juin 2011



© Spiral Jetty, 2005 (Photo: Gianfranco Gorgoni). Source: www.artnet.fr

Selon Tyler Green (Modern Art Notes), l'annonce de l'Utah avant-hier concernant le non paiement du bail de la Spiral Jetty serait une fausse alerte. Le directeur général de Dia, Philippe Vergne, affirme avoir normalement réglé cette facture parmi les affaires courantes. Le chèque aurait bien été encaissé par le Département des Ressources Naturelles (DNR) mais l'interlocuteur au sein de cette administration, Dave Grierson, étant décédé en avril 2010, un relai n'a pas opéré et certains ont pris leurs désirs pour des réalités.

Jason Curry, le porte-parole du DNR, indique que de nombreux appels ont été reçus pour reprendre ce bail. Tammy Kikuchi affirmait pourtant avant-hier dans le Salt Lake Tribune que le site de la Spiral Jetty n'intéressait personne...

>>
Modern Art Notes (Tyler Green), 9 juin 2011

jeudi 9 juin 2011

La Spiral Jetty victime d'un chantage

Le Salt Lake Tribune nous livre une nouvelle surréaliste. La fondation Dia ayant omis (hmmm...) de régler son bail annuel de $250 à l'état de l'Utah, ce dernier déclare qu'il ne souhaite plus louer le terrain pour l'instant. L'état pourrait même exiger de faire raser la sculpture sous 90 jours... Basse vengeance suite aux alertes de 2008-2009 concernant des projets industriels sur le Grand Lac Salé: forage par fracturation hydraulique et extension de bassins d'évaporation pour l'exploitation de la potasse.

Tammy Kikuchi du Département des Ressources Naturelles déclare avec une perspicacité rare que "peu de gens en Utah ont visité [la Spiral Jetty]". Le problème, c'est que personne en dehors du microcosme politique de l'Utah n'a jamais entendu parler de Tammy Kikuchi. En revanche, Robert Smithson, légende de l'art contemporain, et la Spiral Jetty, son chef d'œuvre, sont eux internationalement reconnus. Compte-tenu de son ignorance du dossier, et de sa faible valeur sur le marché comparativement à une sculpture, la 3ème œuvre la plus reproduite du 20e siècle, ne faudrait-il pas plutôt reconsidérer le contrat de Tammy Kikuchi?

>> The Salt Lake Tribune, 8 juin 2011

vendredi 22 avril 2011

L'effet Smithson

"L'effet Smithson" est le titre de l'exposition qui se tient en ce moment et jusqu'au 3 juillet au Utah Museum of Fine Arts de Salt Lake City. 23 artistes y rendent hommage à Robert Smithson (1938-1973) à travers leurs œuvres. Une série de conférences va se dérouler jusqu'en juin. Le musée a aussi réalisé une série de vidéos. La première, ci-dessous, montre en accéléré sur 2 minutes les 2h30 de route entre musée à la Spiral Jetty. Sur la même page, en cliquant sur "Spiral Jetty Experienced" et "Explained", des personnalités confient leur lien à la sculpture et donnent des clés pour mieux la comprendre. Ces vidéos sont disponibles sur le site Vimeo.

On the Road to Spiral Jetty, Utah Museum of Fine Arts, sur Vimeo.

Egalement sous l'effet Smithson, Geoff Dyer du New Yorker vient de publier lundi un article intitulé "Poles Apart", dans lequel il décrit son "pèlerinage" au Lightning Field et à la Spiral Jetty.

Lundi également, le grand Christo en personne ainsi que notre amie Hikmet Loe se sont exprimés au micro de Doug Fabrizio de KUER à Salt Lake City à propos de la Spiral Jetty. Le podcast est toujours disponible sur le site de cette station universitaire. Hikmet sortira l'an prochain un ouvrage intitulé The Spiral Jetty and Rozel Point: Rotating Through Time and Space (Utah State
University Press, 2012).

En Europe, le Ludwig Museum de Coblence (Koblenz) en Allemagne vient d'inaugurer une grande exposition consacrée au Land Art, "The Final Freedom - from the Pioneers of Land Art in the 1960s to Nature in Cyberspace", qui durera jusqu'au 16 octobre. La liste des artistes est impressionnante et comprend naturellement Smithson. Le catalogue vient de sortir, en anglais et allemand, avec un essai de votre serviteur consacré aux observatoires de Nancy Holt, James Turrell et Charles Ross. Il est en vente chez Amazon.fr notamment.

D'autres événements sont en préparation mais il est trop tôt pour en parler. Ne manquez pas non plus le Leviathan d'Anish Kapoor (Monumenta 2011) au Grand Palais du 11 mai au 23 juin. Et tant que vous êtes au Grand Palais, profitez-en pour visiter la magnifique exposition "Nature et idéal: le paysage à Rome, 1600-1650" (9 mars - 6 juin) consacrée aux peintres de paysage comme Carrache, Lorrain , Poussin, etc.

vendredi 17 décembre 2010

Travaux d'entretien sur la piste de la Spiral Jetty

Reconnaissant l'intérêt touristique de la sculpture de Smithson, le comté de Box Elder a voté début octobre une participation de 18000 dollars à la réparation de la piste qui la relie au monument du Golden Spike. Le dernier kilomètre en particulier s'avère difficilement praticable. Il y a une dizaine d'années, des petits panneaux indiquant la Spiral Jetty avaient déjà été installés mais ceux-ci faisant l'objet d'un culte, ils sont régulièrement volés.

© SP, Rozel Point, 5 avril 2003

mardi 11 mai 2010

Projection géante et gratuite du film Spiral Jetty

Dans le cadre de l'exposition Art et Science "Tourbillons, Spirales et Labyrinthes", assistez à la projection sur façade du film de Robert Smithson, Spiral Jetty (1970).

Témoignage de l'œuvre considérée comme la plus emblématique du Land Art, ce film est, selon l'artiste, à la fois une part intégrante de l'œuvre et son prolongement. Smithson y montre notamment les différentes étapes de sa réalisation et des vues aériennes.

Infos pratiques:
Date: Mardi 11 mai 2010
Tarif: gratuit
Horaires: 21h30
Lieu: Esplanade P. Vidal-Naquet
Ville: Paris 75013
Métro: Bibliothèque François Mitterrand

Contact:
Tél.: 01 57 27 64 35
E-mail: evelyne.gilbert@univ-paris-diderot.fr
Web: http://www.univ-paris-diderot.fr/sc/site.php?bc=viuniv&np=LISTACTU?252

Merci à l'Observatoire du Land Art pour l'info!
Autres aperçus du film dans le post précédent.


vendredi 9 avril 2010

La Spiral Jetty fête ses 40 ans!


© Photo: Gianfranco Gorgoni, Robert Smithson @ Spiral Jetty, avril 1970.

Hikmet Loe nous rappelle dans un article que l'œuvre emblématique de Robert Smithson a 40 ans ce mois-ci. D'après l'agenda de l'artiste, la sculpture a été construite autour du 15 au 17 avril 1970. Hikmet, qui vit et travaille à Salt Lake City en Utah, nous gratifie d'un historique des niveaux du Grand Lac Salé en avril de chaque année depuis 1970. Totalement immergée dès 1972, la Spiral Jetty n'a fait que de brèves apparitions en 1980 et 1993 pour enfin émerger à partir de 2002. Le niveau est tellement bas depuis deux ans que l'eau n'entoure que très rarement les spires de cette sculpture amphibie. La liste de Hikmet fait écho à cette litanie lue par Smithson dans la bande son de son court-métrage Spiral Jetty (vidéo ci-dessous):

North — Mud, salt crystals, rocks, water
North by East — Mud, salt crystals, rocks, water
Northeast by North — Mud, salt crystals, rocks, water [...]

Cette énumération fait écho à "Substratum" (1949), un passage de Paterson, le poème de William Carlos Williams, pédiatre de Smithson lorsqu'il était enfant dans le New Jersey
:

65 feet. . . Red sandstone, fine
110 feet. . . Red sandstone, coarse
182 feet. . . Red sandstone, and a little shale [...]

Il s'agit d'un relevé effectué lors du forage d'un puits artésien en 1879 à Paterson dans le New Jersey. Smithson était obsédé par le motif des strates géologiques.
Dans une étude géologique que Smithson possédait, Oil Seeps at Rozel Point par Armand J. Eardley (Utah Geological and Mineral Survey,
1963), figurent notamment des relevés de carottages réalisés dans les années 1920 sur la zone de suintement pétrolier de Rozel Point, à deux pas de la Spiral Jetty:

1 ft. - 85 ft. --Lake wash, sand and clay.
85 " - 100 " --Hard Black Rock.
100 " - 116 " --White clay. [...]


Dans son court-métrage, Smithson cite le passage d'un autre livre évoquant une vieille légende selon laquelle le Lac Salé serait relié à l'océan Pacifique par un canal souterrain provoquant un tourbillon capable d'engloutir les embarcations.
Spiral Jetty est décidément une œuvre plus profonde qu'il n'y paraît.

>> Hikmet Loe, "The Spiral Jetty: Strata of Water" (15 Bytes, Avril 2010)
>> S. Paul, "Irreplaceable Replacement Children: Van Gogh, Dali, and Robert Smithson", Of Mothers and Death (Presses Universitaires de Bordeaux, 2008)
>> Robert Smithson,
Spiral Jetty (1970), 16 mm, 35 min. (extraits):


vendredi 29 janvier 2010

Land Art à l’Ecole d’Art d’Avignon


L’Ecole Supérieure d’Art d’Avignon organise les 3 et 4 février une session consacrée au Land Art. Ouverte à tous, cette présentation suivie d’un débat vous invite à retourner sur les traces des pionniers de la sculpture in situ. A travers des documents rares, elle portera un nouvel éclairage sur une période de rupture et d’émulation artistique qui trouve aujourd’hui un écho particulier. La question de la préservation d’œuvres majeures comme la Spiral Jetty y sera abordée.
Artistes: Robert Smithson, Michael Heizer, Walter de Maria, Robert Morris, Dennis Oppenheim, Nancy Holt, James Turrell, Charles Ross, Richard Long…
>> ESAA - 7 rue Violette - 84000 Avignon
Mercredi 3 et jeudi 4 février 2010, amphithéâtre de 10 à 12h
Entrée libre: présentez-vous à l’accueil
Infos: esaa @ earthworks.org [sans les espaces]

mardi 22 décembre 2009

Cadeau de Noël: la Spiral Jetty vue du ciel

Les dernières photos aériennes de la sculpture par Tom M...: cliquez ici.

vendredi 20 novembre 2009

Jeanne-Claude tire définitivement le rideau


© Christo et Jeanne-Claude à la projection du documentaire de HBO, The Gates, au Gracie Mansion de New York City le 12 fév. 2008 (Jonathan Fickies/Getty Images)

Le blog fait une exception à sa ligne éditoriale pour évoquer la mort de Jeanne-Claude, avant-hier à New York, des suites d'une rupture d'anévrisme. Jeanne-Claude Denat de Guillebon était née à Casablanca le 13 juin 1935, précisément le même jour que Christo Javacheff, son alter-ego, né à Gabrovo en Bulgarie. Christo & Jeanne-Claude ne prenait jamais l'avion ensemble de crainte de ne pouvoir mener à terme les projets en cours. Il nous reste donc un espoir de voir un jour la toile de Over the River flotter au-dessus de la rivière Arkansas dans le Colorado et le Mastaba de 410000 barils dominer les dunes des Emirats, des projets qui remontent respectivement à 1992 et 1977.

Ci-contre, Rifle Gap dans le Colorado il y a 10 ans, le site de Valley Curtain (1972) sans son rideau flamboyant qui semblait pasticher les toiles luministes d'Albert Bierstadt glorifiant la conquête de l'Ouest au milieu de 19e siècle (voir Ecrire la Fontière pp.104-5). Cette première œuvre monumentale américaine a propulsé la carrière de Christo & Jeanne-Claude, entraînant Running Fence (1976) ou, beaucoup plus récemment, The Gates (2005). Ces projets éphémères, entièrement autofinancés par la vente des dessins et collages préparatoires, nécessitent une logistique hors du commun. Cette dernière installation dans les allées de Central Park a valu aux Christo en 2006 le prix pour la meilleure œuvre publique de l'AICA/USA, la branche américaine de l'Association Internationanle des Critiques d'Arts basée à Paris. L'année suivante, c'est Floating Island to Travel Around Manhattan Island (1970) de Robert Smithson, réalisée en septembre 2005 par Nancy Holt et Minetta Brook pour le Whitney Museum, qui a obtenu cette récompense.

Comme le laisse entendre le titre de l'article de William Grimes dans le New York Times, cette disparition intervient sur fond d'échéance écologique. Christo & Jeanne-Claude recyclaient tous leurs matériaux et n'ont jamais endommagé les sites de leurs installations. Contrairement à une idée reçue, tous les gens impliqués dans la fabrication comme dans le déploiement de leurs œuvres ont été rémunérés au-dessus du tarif légal du pays. Une éthique dont beaucoup feraient bien de s'inspirer. Comme la beauté des îles de la baie de Biscayne à Miami qu'elle avait eu l'idée d'habiller de rose (Surrounded Islands, 1983, photo: Wolfgang Volz), la fraîcheur du regard de Jeanne-Claude nous manque déjà.

>> William Grimes, "Jeanne-Claude, Christo’s Collaborator on Environmental Canvas, Is Dead at 74". The New York Times, 19 oct.2009.
>> Site officiel de Christo & Jeanne-Claude

jeudi 19 novembre 2009

Comment conserver de l'art qui vit dans un lac?


Un article de Randy Kennedy vient de sortir dans le New York Times au sujet de la conservation de la Spiral Jetty. Propriétaire de l’œuvre, la fondation Dia observe sa dégradation occasionnée par les nombreux visiteurs depuis son émergence il y a quelques années. Certains ne peuvent s’empêcher de prélever des pierres pour réaliser leurs propres petites jetées à proximité. D’autres les emportent en souvenir.

Francesca Esmay, chargée de la conservation des œuvres à la fondation Dia, s’est tournée vers le J. Paul Getty Trust.
Rand Eppich, directeur de projets à l'Institut de Conservation Getty, qui participe à la conservation du patrimoine artistique et culturel à travers le monde, a été chargé d'examiner des solutions pour documenter l’état de la sculpture d’année en année. Cette documentation devrait aider à la prise de décision pour d’éventuelles futures restaurations. Or, les dimensions même de la Spiral Jetty demandent une logistique particulière, notamment pour la photographier.

Concernant les vues aériennes, tous les moyens de transport on été envisagés, du satellite au cerf-volant, en passant par l’avion et l’hélicoptère. Habitué à jongler avec des budgets faits de "bouts de ficelle", l’institut a adopté une solution économique "à la MacGyver": un ballon météo jetable en latex à 50 dollars commandé sur Internet, gonflé à l’hélium et attaché à du fil de pêche [similaire au rover de la série Le Prisonnier]. Eppich a armé son aérostat d’un simple appareil compact Canon PowerShot G9 [avec retardateur à prise de vue en continu] posé sur une mini nacelle en contreplaqué et pièces de métal, le tout fixé par des attaches en plastique. Eppich préfère évoquer une solution "peu onéreuse" plutôt que "bon-marché". En mai dernier,
Eppich , son assistante Aurora Tang et Francesca Esmay se sont rendus sur place. Après quelques essais et deux ballons éclatés, mais sans dommage pour l’appareil, ils ont réalisé "des clichés à la fois spectaculaires et extrêmement utiles" depuis une altitude comprise entre 250 et 500 mètres (voir les liens vers le site du Getty en bas de post).

Chargée de la conservation des œuvres de Dia depuis trois ans, Francesca Esmay s’occupe aussi bien d’œuvres monumentales in situ comme le Lightning Field de Walter de Maria dans le Nouveau Mexique que des sculptures de Donald Judd, Dan Flavin ou Louise Bourgeois au musée Dia:Beacon près de New York. Ce ballon lui permettra désormais de répéter facilement l’opération chaque année sans la moindre assistance. L’article évoque ensuite les menaces industrielles qui ont plané ces deux dernières années sur la Spiral Jetty: l’extension des bassins d’évaporation à potasse, un engrais chimique, et des forages pétroliers à portée de vue de la sculpture (voir précédents posts). Le scandale avait poussé les autorités de l’Utah à promettre une zone tampon autour de l’œuvre afin de proscrire toute nuisance.

Parallèlement aux risques industriels, la vase s’installe entre les spires de la sculpture. Ce phénomène est d’autant plus visible que le niveau du lac est exceptionnellement bas depuis deux ans, laissant la sculpture totalement hors de l’eau. Ce processus d’envasement étant naturel, Francesca Esmay s’interroge sur l’opportunité d’intervenir sur l’œuvre. Elle pense que celle-ci pourrait peut-être se désenvaser naturellement dans les années qui viennent. Smithson avait d’ailleurs écrit en 1972: "La nature n’avance pas en ligne droite, son évolution étant protéiforme. La nature ne connaît pas d'état définitif." ["Cultural Confinement", contribution au catalogue de la Documenta 5 rééditée dans Jack Flam (ed.), Robert Smithson: The Collected Writings (University of California Press, 1996), p. 155].


>> Randy Kennedy, "How to Conserve an Art That Lives in a Lake?"
The New York Times, 18 nov. 2009
>> The Getty: "Documenting Spiral Jetty" / lien direct vers le diaporama /
vidéo du lever du jour en accéléré / vue panoramique à 360° (Quicktime)
>> Art:21 Blog: "Extending the Conservation Framework: A Site-Specific Conservation Discussion with Francesca Esmay" by Richard McCoy


© Photos: Eppich/Esmay/Tang, J.Paul Getty Trust/coll. Dia Art Foundation, 2009

vendredi 23 octobre 2009

Le Nouveau bouillonnement du Land Art

Ce travail de l'artiste français Cyprien Gaillard illustre la nouvelle effervescence autour du Land Art, qui entre à présent dans la catégorie plus large de l'art environnemental.


© Cyprien Gaillard. Real Remnants of Fictive Wars VI, 2007.
Capture vidéo: Cosmic Gallery (Bugada & Cargnel), Paris
(merci à Marc de Verneuil et son Observatoire du Land Art pour l'info).

Une trentaine d'organisations à vocation artistique du Nouveau Mexique (musées, galeries, universités, fondations, etc.) se sont associées cette année autour d'un ambitieux projet intitulé
Land/Art. Cette manifestation donne lieu de juin à novembre à des expositions, des sculptures in situ, des conférences, des projections, le tout couronné par la publication d'un ouvrage, Land/Art New Mexico (Radius Books, déc. 2009).

Dans ce cadre, Nancy Holt interviendra le mardi 27 octobre dans les locaux de SITE Santa Fe, un centre artistique à but non lucratif (1606 Paseo de Peralta). Pionnière du Land Art et de la sculpture publique, l'artiste évoquera ses excursions avec Robert Smithson et d'autres artistes (Donald Judd, Carl Andre, Michael Heizer, Robert Morris, Robert Rauschenberg, etc.) entre 1966 et 1969. Le film Mono Lake, tourné par Holt, Smithson et Heizer en 1968, sera projeté ainsi que de rares séries de photos de Nancy Holt, notamment Graveyard Series (Lone Pine, CA/Virginia City, NV, 1968), Trail Markers (Dartmoor, Angleterre, 1969); Concrete Visions (1967) et Over the Hill (1968).

Une bonne occasion pour interroger l'artiste à propos des projets industriels qui menacent des sculptures emblématiques réalisées il y a 30 ou 40 ans.

© Nancy Holt. Bonneville Salt Flats, Utah. Photo par Matt Coolidge, CLUI

mercredi 8 juillet 2009

Une nouvelle menace pèse sur la Spiral Jetty

La Great Salt Lake Minerals Corporation sollicite actuellement une extension de son activité dans le bras nord du Grand Lac Salé. Concrètement, la compagnie voudrait étendre ses bassins d'évaporation sur près de 37000 hectares. Ce qui signifie plus de pompes, de digues, de tranchées, de canaux, d'engins, etc. afin de récolter encore et toujours plus de sulfate de potassium et de magnésium, des engrais chimiques causant par ailleurs d'autres problèmes environnementaux.

En attendant, la firme soigne son image et tente d'assurer son soutien en faisant, par exemple, un don de 25000 dollars à Westminster College, un établissement supérieur de Salt Lake City dont une enseignante fait partie du conseil consultatif pour le Grand Lac Salé (voir
The Salt Lake Tribune, 3 juillet 2009 et le message du 28 août 2008).

Dans cette zone à l'équilibre fragile, ce nouveau projet d'industrialisation pose plusieurs problèmes. Non seulement il perturberait la vie des espèces d'oiseaux endémiques et migrateurs qui l'habitent, mais il compromettrait définitivement la jouissance et la tranquillité d'un environnement préservé pour tous les visiteurs de cette partie du lac.


Comme si ça ne suffisait pas, GSL Minerals compte également solliciter un droit de prélèvement supplémentaire de plus de 430 millions de mètres-cubes d'eau sur Gunnison Bay. Ajoutés aux 185 millions de m³ déjà accordés sur Bear River Bay, le maintien du niveau moyen du Grand Lac Salé serait compromis. Un modèle développé par la Division of Water Ressources montre en effet que pour 123 millions de prélevés, le niveau du lac diminue en moyenne de 20 à 30 cm. A terme, les deux zones de prélèvement finiront par se "pétrifier" sous la pression de l'inévitable accroissement de la production.
"Je trouve déplorable que la division [des ressources naturelles] de l'état, [...] à qui on a confié la responsabilité d'un bien public, [considère ce projet] comme rationnel et réalisable. De mon point de vue, c'est une aberration." Lynn de Freitas (Friends of the Great Salt Lake), Salt Lake Tribune, 4 Juillet 2009
Située sur ce même bras nord du Grand Lac Salé, la Spiral Jetty ne serait plus entourée de l'eau rouge pour laquelle Smithson a choisi le site et elle ne vivrait plus les cycles d'
émersion-submersion qu'on lui connait depuis sa création. Cette menace s'ajoute à celle d'un forage pétrolier qui n'attend, lui aussi, qu'une hausse des cours mondiaux pour trouver un nouvel élan économique.

L'U.S. Army Corps of Engineers a été chargé de rendre son avis sur le projet d'extension de la GSL Minerals. On peut naturellement faire confiance à l'armée en termes d'environnement et d'éthique... Donc, même urgence et même démarche que pour le précédent projet de forage: vous pouvez adresser vos commentaires en vous inspirant, par exemple, de la lettre postée hier par la fondation Dia (pdf). Ou plus simplement, vous pouvez copier-coller ce modèle (html/doc/pdf) dans un message à envoyer avant le 9 juillet minuit heure locale (soit le 10 juillet 8h heure de Paris) à Jason Gipson
(jason.a.gipson@usace.army.mil), en charge du dossier au Nevada-Utah Regulatory Office. D'avance, merci encore de votre soutien. A suivre...

>> John Keahey, "Mineral Firm Seeks to Double Footprint", The Salt Lake Tribune (4 Juillet 2009)

©
Photo: Bassins d'évaporation de la SLC Minerals près d'Ogden, UT. Jeff Kubina, 23 juillet 2006 (Wikimedia Commons)